Le Conseil Municipal de Paris a voté le 9 juillet 2002 le principe du projet "Renaissance de la Bièvre" à Paris et le lancement d'un concours européen pour la conception d'ensemble du projet.


La Mairie de Paris veut redécouvrir le cours de la Bièvre
 (Article paru dans le journal LE MONDE du 9 février 2002)


Une concertation est lancée pour mettre au jour, d'ici à 2007, des tronçons de cet affluent de la Seine.

Quel cours et quelle eau ? Ce sont les questions que se pose la Mairie de Paris, qui a décidé de découvrir une partie de la Bièvre, le seul affluent de la Seine qui coule dans la capitale, d'ici à 2007, avant la fin du mandat de Bertrand Delanoë.

C'est aussi l'objet de la concertation qui a été lancée jeudi 7 novembre, à l'occasion d'une réunion publique dans le 13e arrondissement. Pour Myriam Constantin, adjointe (PS) au maire de Paris, chargée de l'eau et de l'assainissement, il s'agit de "rendre une partie de cette rivière mythique aux habitants du sud de la capitale qui l'emportent dans leurs rêves".

Si l'idée est séduisante, et courait déjà dans les bureaux de l'Hôtel de Ville du temps de Jean Tiberi, elle se révèle difficile à mettre en œuvre. La Bièvre, petit cours d'eau de 36 km de long, a connu un sort funeste. Elle avait été transformée, au fil des siècles, en collecteur d'eaux usées, pratiquement depuis sa source, à Guyancourt, dans les Yvelines. Une dalle l'avait même fait disparaître sur 11 km, entre Antony (Hauts-de-Seine) et la capitale, où elle est réduite au rôle d'égout. A Paris, après avoir alimenté les moulins, les tanneries et les teintureries, au Moyen Age, la Bièvre est désormais reliée au réseau d'assainissement des 13e et 5e arrondissements.

PARCOURS HISTORIQUE

Après la guerre, les élus d'une dizaine de communes en amont, regroupées au sein du Syndicat intercommunal pour l'assainissement de la vallée de la Bièvre (SIAVB), ont pris conscience de l'intérêt de faire revivre cette rivière. S'appuyant sur la nécessité de lutter contre les inondations, ils ont obtenu la création d'un système de régulation, ainsi que d'un réseau destiné à la préserver des rejets d'eaux usées ou polluées. Avec, pour résultat, l'aménagement et la remise à l'état presque naturel d'une partie de la rivière sur 17 km. L'action du SIAVB a permis de mettre récemment au jour un nouveau tronçon à Verrières-le-Buisson, dans l'Essonne.

Il était difficile pour la municipalité parisienne, où les écologistes ont fait une entrée en force en 2001, de rester à l'écart de ce mouvement. D'autant que, dans la capitale, les partisans de la renaissance de la Bièvre se retrouvent à plusieurs centaines, chaque année, pour remonter à pied, pendant toute une nuit, la rivière jusqu'à sa source. Mais cette marche est l'occasion de vérifier que ces passionnés ne s'accordent pas sur le parcours historique de la Bièvre dans Paris, où elle a été canalisée à plusieurs reprises. C'est justement pour trouver un consensus sur les futurs sites à ouvrir que la Mairie de Paris a lancé une concertation. Elle propose actuellement de mettre au jour quatre tronçons : parc Kellermann et poterne des Peupliers ; dans le square René-Le Gall ; au pied de la manufacture des Gobelins ; le long du Muséum d'histoire naturelle. Les élus parisiens voudraient également reconstituer la confluence avec la Seine, au niveau du port d'Austerlitz.

En revanche, la Mairie de Paris est bien embarrassée par la nature de l'eau qui coulera sous les yeux des Parisiens. Dans cinq ans, la rivière n'aura, en effet, pas pu être totalement dépolluée en amont de la capitale. Selon le SIAVB, près d'une dizaine de "points de pollution" n'auront pas disparu, et l'eau qui coulera dans Paris ne sera pas propre. La Ville, qui a renoncé à la coûteuse solution de construire une mini-station d'épuration à l'entrée de la Bièvre dans la capitale, envisage donc de faire couler dans l'affluent des prélèvements effectués dans le canal de l'Ourcq. "C'est vrai qu'il s'agit avant tout d'une opération de l'ordre du symbole, reconnaît Mme Constantin. Il s'agit de rendre un peu de leur histoire aux Parisiens."

Christophe de Chenay


Retour à la chronique de Marc-Ambroise Rendu 2003